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Being | FATUM 015 | 15.00 €
paul rogers : contrebasse solo
(enregistré en concert)



Parution novembre 2007
Conception graphique : Mathieu immer
Peintures : Magali Novion & Mathieu Immer
Exemplaires uniques - série limitée à 500 exemplaires
Un disque co-produit par Amor fati & Bordeaux Jazz Festival dans le cadre des "Live au Musée d'Aquitaine 2007''

Joël Pagier - Improjazz
''Lorsque l'on vient d'entendre Didier Lasserre au sein de son trio de batteries et que l'on écoute ce solo de Paul Rogers, enregistré live au Musée d'Aquitaine, on se demande un peu comment les deux hommes ont bien pu se retrouver auprès de Syvain Guérineau et former ainsi la superbe rythmique du trio "Dont Acte", également documenté chez Amor Fati. De fait, si le percussionniste bordelais semble passer comme un souffle entre les tambours d'Edward Perraud et de Matthias Pontévia, l'expressionnisme de l'Anglais, comme fiché en pleine terre, résonne de mille pensées composites, au point que l'on en vient à douter, parfois, de sa réelle solitude. Certes, Paul Rogers s'est muni de sa fameuse contrebasse "A.L.L." à sept cordes, instrument correspondant sans doute mieux à sa vélocité coutumière et qui cache encore sous sa touche quatorze cordes sympathiques vibrant à l'unisson de ses accords et démultipliant d'autant la force de son discours. Mais si ce prototype original aux faux airs de mécanique baroque vrombit effectivement avec la puissance d'un moteur de F1 poussé à l'excès, il ne faut pas oublier qu'une telle ferveur ne peut sourdre que du plus lointain d'un esprit humain, ni que le bassiste n'a pas attendu ce nouvel outil pour nous subjuguer par la profusion de ses idées ni la vitalité de son attaque.
Dès les premières mesures de "Being", pièce de 70 minutes occupant à elle seule la quasi-totalité de l'album (un rappel de trois minutes vient juste clore le concert), les accords égrenés en pizzicato alternent avec de longs traits filés à l'archet, les uns succédant aux autres avec une précision troublante. Très vite, cependant, les doigts explorent l'ensemble du spectre sonore, puisent les graves au plus profond de la caisse de résonance et viennent chercher les aigus jusqu'à l'extrémité du manche. Ca vibre, chante, gémit, gronde et se chevauche comme en pleine course, puis, le temps d'une note tenue ou d'un silence soudain, le mouvement se fige avant de prendre une nouvelle direction qu'un angle brisé vient juste d'indiquer. On sent, un instant, que Rogers contient la violence naturelle de son jeu, par crainte, sans doute, de perdre l'auditeur en route, de le laisser au carrefour, désorienté, abandonné… Mais qu'une phrase s'annonce et l'ardeur, de nouveau, prend les rênes, brûlant de cris d'acier, de craquements de bois et de glissandos périlleux, à la mesure du danger qui semble naître peu à peu du corps musicien en butte à tout ce qui n'est pas musique.
Car, bien entendu, il ne saurait être question de virtuosité dans une telle performance ! Il s'agirait plutôt d'un combat entre la richesse d'une pensée créatrice et le risque de ne jamais l'exprimer, d'un cri enfoui redoutant l'aphasie et voulant éclater, absolument, au grand jour du public. L'art de Paul Rogers s'apparente ici à une mise en scène de l'angoisse, à une représentation cathartique des terreurs ancrées au plus profond de l'âme et de cette ultime preuve de survie qu'est le jeu, encore et encore, obsessionnel et définitivement dressé contre la mort.
Quelques percussions tintent, cloches ou tiges de métal glissées entre les cordes, et le ciel se découvre un moment, clairière inévitable, urgence de ravitaillement sans lequel il faudrait se résoudre à déposer l'archet. Mais ce n'est que pour mieux disparaître vers un final déchirant de lyrisme qui crève la fragile paroi de mélodies hypersensibles et met à jour une souffrance inextinguible, une douleur intérieure pour laquelle il n'est pas d'autre remède que l'expression à tout prix.
Inutile de chercher la raison pour laquelle le bassiste aime tant à croiser le chemin du saxophoniste Daunik Lazro… "A quand un album ?" demandait le public, absurde et jamais rassasié de chair humaine…''

Claude Chambard - Journal des Allumés du Jazz, 1er trimestre 2008.
À l’entrée du jardin se dresse la resserre : à peine passé la porte, un peu fatiguée, aux planches disjointes, on tombe sur Paul Rogers et sa contrebasse à sept cordes (une plus grave et deux plus aiguës que sur la contrebasse standard - mi la ré sol) et sur la table d’harmonie une sorte de guitare à quatorze cordes (sympathiques), en forme d’ovale, d’olive, de ballon de rugby, que sais -je… Bref, c’est un prototype étonnant - fabriqué par Antoine Leducq à Nîmes - très costaud, trapu et massif, au manche large comme les mains du musicien, épais comme ses avant-bras noueux. Paul Rogers ou le vrai bûcheron, musclé, court sur pattes, solide et délicat comme il se doit. Un bûcheron qui ne rechigne pas à l’effort. Being. Oui. Ce concert, donné au Musée d’Aquitaine à Bordeaux (et récemment, pendant le Bordeaux Jazz Festival, un nouveau plus violent, plus dur, plus dépressif peut-être), est un vrai phénomène de grâce, d’évidence, d’exploration sonore et physique, de sauvagerie et de souffle, d’étreinte et d’embrassade, de course sur des chemins inconnus mais toujours accueillants - bien que sans héros -, sinuant entre les cyprès, les maisons en pierre sèche, les aubépines, les saules… Pour nous dire la bonne nouvelle de la musique incarnée.

Jean-Michel Van Schouwburg
Que dis-je dans ma chronique du « Trio de Batterie » ? Qu’Amor Fati est un label tout à fait remarquable. Il éclipse même certaines valeurs sûres de la scène internationale. En témoignage, Being, un monument érigé à la contrebasse par un des deux ou trois géants de l’instrument vivant en France, Paul Rogers. « Plus que çà tu meurs ! » , ai-je écrit dans mon commentaire sur  le cédé Trio de Perraud – Lasserre – Pontévia. Alors là, Paul, je suis mourru ! Excusez cet emprunt à un livre légendaire dont j’oublie le titre (Zazie ?). Mais c’est la claque, dans un genre plus traditionnel que Trio de Batteries, me direz-vous. D’accord ! C’est ce qui fait l’intérêt du label bordelais de Mathieu Immer : on y présente différents aspects de la musique improvisée. Ce qui compte est que chacun fasse son expérience, auditeur ou musicien, apprécie la musique et évalue/ goûte/ réagit à l’œuvre selon son expérience individuelle. Et il y a amour dans le nom du label : c’est bien à quoi se résume en dernière instance cette musique improvisée. Ici, on a droit au tout meilleur. Paul Rogers a adopté une contrebasse conçue et fabriquée par le luthier Alain Leduc avec sept cordes et des cordes sympathiques vibrantes. Contrebasse, presque violoncelle, effets de viole de gambe, cet instrument très particulier rend magnifiquement le jeu exceptionnel avec l’archet. Les cordes sympathiques amplifient le son en pizzicato avec une coloration particulière. Le Musée d’Aquitaine, où a été enregistrée le 13 mai 2007 cette improvisation de septante minutes (Being One) et sa conclusion de trois minutes (Being Two), devient petit à petit un haut lieu de la musique improvisée, plusieurs enregistrements d’Amor Fati y ont été réalisés en concert.
Being fait suite à Listen (1999/ 1989 Emanem 4078), enregistré lui-même avec une contrebasse quatre cordes classique et ce nouvel opus apporte une autre dimension plus orchestrale à la démarche du contrebassiste britannique. Paul Rogers est un instrumentiste exceptionnel et un improvisateur de haute volée. Cathédrale, roman, histoire, voyage et instant de vie, Being est un enregistrement majeur et la musique de Paul Rogers ne connaît aucun équivalent. Il n’y a pratiquement aucun contrebassiste capable de jouer ainsi plus d’une heure durant avec autant de maestria flamboyante et d’énergie sans que celle-ci nuise au propos musical. Une des qualités de cette musique est qu’elle convaincra aisément un public peu au fait des arcanes de l’impro radicale et qui désire s’ouvrir à d’autres formes que ce qu’il connaît déjà (classique « contemporain établi », baroque, « jazz ouvert », musiques du monde, mordus de la contrebasse). Les connaisseurs seront confondus par l’extraordinaire savoir faire de Paul Rogers. Non seulement par les époustouflants passages à l’archet, mais aussi par la grondante et extrême physicalité vers l’avant dernière phase de Being One  (58’) ou par la poésie plus intime qui prélude à la finale de ce tour de force. Un tueur de la contrebasse comme il n’en existe nulle part ailleurs que ce soit à Berlin, New York ou Los Angeles. Paul Rogers a élu domicile en France et c’est une véritable chance pour la scène hexagonale. A écouter illico et grand bravo à Amor Fati !

POSTED BY STEF on http://freejazz-stef.blogspot.com

''A Paul Rogers solo bass album on Amor Fati, a new French label. All CDs on the label are issued in not more than 500 copies, and all in unique hand-painted covers. There is no information on the cover or backside at all, as a dual token of both lack of commercial interest and excellent positioning. The record brings a live performance from Rogers in the Musée d'Aquitaine in Bordeaux, France in April 2007, consisting of two tracks : "Being One", which lasts a little over 70 minutes, and "Being Two", which lasts a little over 3 minutes. This is, to my knowledge, Roger's third solo bass release, and one well worth getting if you're interested in the genre. His custom-made 7-string bass with 14 sympathetic strings is a unique instrument which of course broadens the possibilities of sound exponentially. What you hear could come from a variety of instruments : bass, guitar, percussion, cello, piano strings or even harp-like sounds, although the bass itself is the dominant voice. As the music is improvised on the spot, it has no goal, it is moving nowhere, and to Roger's great credit, he manages to make every moment interesting and captivating.
He starts the long track by dark arco playing, then alternating with playing pizzi throughout the piece, yet always creating tension, suspense even, and out of the gloomy atmosphere he builds, once in a while a jubilant half-melody of extreme beauty arises. His playing is rich and varied, from dark droning moments to barely touched silence and faint birdlike sounds, to pulsing deep-souled jazz sounds. And that's the only thing he does on the short second track, of which at least one minute is the audience clapping enthusiastically. Here is a man at the peak of his powers, creating beauty and deep emotion at the same time. Don't miss it!''
Here are a few quotes of interest :
Paul Rogers in an interview : "You have to be inquisitive and find the keys to get in to the art. Be honest with yourself and don't tolerate bullshit. Because that's when it all goes wrong as an artist, when the ego comes in and it's me, me, me! Forget that and just get on with it." From another Rogers review : "There's an old joke about a marriage guidance counsellor who manages to get uncommunicative couples talking to each other in his sessions by playing Charlie Mingus records, in the belief that no-one can keep quiet during a bass solo." Why are there so many jokes about bass players ?

Rigobert Dittmann - Bad Alchemy Magazin
Being (FATUM 015) ist der Mitschnitt eines 70-min. Bass-Solos von PAUL ROGERS  ‚Live au Musée d‘Aquitaine‘. Er hatte bereits beim Amor-Fati-Debut gespielt, zusammen mit Guérineau & Lasserre. Hier zieht der Mujician-Mann alle Register seines Könnens, das, ähnlich virtuos und total wie das von etwa B. Guy oder J. Léandre, doch noch besondere Effekte erzielt durch die 7 plus 14 sympathisch mitschwingenden Saiten seines speziellen A.L.L.-Basses. Rogers lehnt Plink-Plonk-Puristik ab, nimmt sich die Freiheit, alles zu spielen, was ihm durch den Kopf schießt. Er muss bei seiner unendlichen Suche nach dem Unerhörten nicht krampfhaft sperrig klingen. Statt dessen schwelgt er, meist arco, in einer auf diesem Instrument nicht oft gehörten Fülle von Beinahemelodien und harmonischen Erfindungen, die oft genug Cellogebiet okkupieren, pizzikato eigenartig nylonelastisch und stramm federn und dabei fast wie eine Gitarre plinken. Die mitschnarrenden Saiten schaffen eine gewollte Perkussivität, die Rogers mit peitschenden Bogenschlägen noch forciert. Er steigt hoch bis ins Violaregister, fiedelt so fiebrig wie Erich Zann, absolut maximalistisch und absolut stupend. Die kleine Zugabe groovt tänzelnd zu rasselnden Muscheln und hinterlässt das Publikum einen Moment lang zu baff zum Applaudieren.