Amor fati

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W | FATUM 014 | 15.00 €
jean-luc guionnet - saxophone alto
benjamin duboc - contrebasse



Parution juin 2008
Conception graphique : Mathieu immer
Couverture : Patrick Coeuru
Sérigraphie : Benjamin Duboc & Nicolas Talbot - Atelier L'Encrage à Caen
Exemplaires uniques - série limitée à 500 exemplaires

Guillaume BELHOMME - Revue MOUVEMENT
Jean-Luc Guionnet/Benjamin Duboc : W (Amor Fati/Metamkine)Enregistrée en 2005 à l’atelier Richard Morice à Paris, l’improvisation à laquelle se livrent ici le saxophoniste Jean-Luc Guionnet et le contrebassiste Benjamin Duboc redit en d’autres gestes l’esthétique qui anime les deux musiciens, née de pratiques expérimentales mises au service de ténébreuses pièces atmosphériques. Dans d’autres circonstances, Guionnet et Duboc avaient déjà démontré leur savoir-faire – le premier en compagnie d’Eric Brochard et Edward Perraud sur [On] (In Situ) ou de Toshimaru Nakamura sur MAP (Potlatch), le second auprès de Perraud, aussi, sur Etau (Creative Sources) – que W n’avait plus qu’à accorder. Alors, l’alto reprend sa pause introspective, dit plusieurs fois une note longue avant de se laisser aller à une suite d’interventions incisives, quand le contrebassiste tire de son abrupte approche instrumentale la ponctuation nécessaire à la cohérence du langage. De voies nouvelles dans lesquelles s’engouffrer en points de chute où se réserver des pauses, Guionnet et Duboc se font accompagnateurs autant que solistes œuvrant de concert au profit d’un expressionnisme abstrait mis en musique, qui va et vient entre projections impromptues et gestes concentrés. Soumis à deux inspirations imaginatives et changeantes, l’espace sonore interroge, sans paraître une seule fois hermétique, les facultés de la rumeur – persistante ou évanouie – et de soubresauts inquiets à mettre au jour une musique d’ameublement intense, capable de charmer sans jamais donner dans l’air rassurant ou la tranquillité feinte.

Fabrice Fuentes, le 18 septembre 2008 (http://www.pinkushion.com/enmarge.php3?id_article=3313)
"Un saxophone alto (Jean-Luc Guionnet) et une contrebasse (Benjamin Duboc), perdus dans la nuit, envoient des signaux acoustiques à qui veut bien les entendre. Chaque instrument trace autour de lui un périmètre où le danger guette, le silence manque à tout moment de l’emporter sur leur furtive présence. Expérience sensorielle pour le moins fascinante enregistrée en novembre 2005 par Jean-Yves Bernhard, dans l’atelier de Richard Morice à Paris, W explore au bord de l’audible des territoires musicaux insolites. Une seule et unique plage, étirée sur quarante minutes, qui creuse le temps, laisse agir les sons. Deux instruments, mais une multitude de possibles. Souffle heurté, tâtonnant, flottant, déchiré, intériorisé, sourd. Cordes suspendues, pincées, frottées, brutalisées, caressées, vrombissantes. De part et d’autre, en écho, une succession de griffures, fragiles et inquiétantes à la fois. Des masses sonores accidentées qui se fissurent, se dilatent, respirent, s’évident. Jean-Luc Guionnet et Benjamin Duboc donnent à écouter une musique hors-cadre qui fuit de tous côtés, se fond avec patience dans l’atmosphère chromatique déployée par chaque instrument. Une musique qui se fait lieu, qui se noie et s’ancre dans l’épaisseur de ce lieu, en sa profondeur et sa surface. Propagation d’un mystère, au rythme de deux sensibilités qui se font face, se guettent, s’interpellent ou se meuvent ensemble sans mot dire. Beauté de l’ineffable. Poésie sonore d’un espace tourmenté qui improvise ses courbes et ses recoins, ses plis et ses luttes intimes."

Rigobert Dittmann - Bad Alchemy Magazin
Bei W (FATUM 012) kehrt BENJAMIN DUBOC wieder, im Duett mit JEAN-LUC GUIONNET am Altosaxophon. Der ist durch seine Vielseitigkeit und Internationalität schon mehrfach BA-einschlägig gewesen. Bei diesem 40-Min.-Set tasten sich die beiden durch die Braillekorrespondenz zwischen Geräusch- und Klangwelt. Die Gemeinsamkeit besteht in beiderseitigen Plonks und Plops, schabenden und fauchenden Lauten, dann auch knurrig sonorem Bassgesäge, das in tiefen Altoregistern widerbrummt. Dazwischen Atempausen. Dann ein Dampflokschnaufen des Basses, das Guionnet mit Haltetontuten beantwortet. Dann wieder Andachtspause. Jetzt spitzes Schrillleistengezirp wie von einem zaghaften Riesengrashüpfer, Pops wie explodierendes Popcorn, öfters jedoch ein tonloses Blasen wie undichte Ventile. Überhaupt viel lautmalerisches und feinsinniges Wie, mir aber zu wenig Wozu. Guionnet straft mich umgehend mit schrillen Stichen und Duboc kratzt ebenfalls die Saiten, dass das Zahnfleisch blutet. Ist Sadismus eine französische Spezialität?


Joël Pagier - Improjazz 147, juillet-août 2008
Dans le sillage de l’"Etau" resserré avec le batteur Edward Perraud (Creative Sources/Improjazz) ou de ses propres "Pièces pour contrebasse et tuyaux" (Le Petit Label/Improjazz), Benjamin Duboc poursuit ici ses recherches sur le son et son absence. Il s’est, pour l’occasion, acoquiné avec le saxophoniste alto Jean-Luc Guionnet, tiers soufflant du "poisson libre" qu’il partage également avec Edward (The Fish "Live at Olympic Café & Jazz à Mulhouse", Ayler Records/Improjazz) et membre d’une petite vingtaine de formations dans le domaine de l’improvisation comme de la composition contemporaine. Une affaire de famille, en somme… 
Lorsque le CD commence et que l’on s’est confortablement installé pour une première écoute, le jeu consisterait presque à deviner qui engendre quel son tant les deux hommes sont passés maîtres en l’art de brouiller les pistes. Ainsi, ces légers frôlements sur la contrebasse ne peuvent incomber à Benjamin puisque, dans le même temps, l’archet vient effleure les cordes dans les aigus. Ce souffle à peine timbré, mais qui met en perspective le bel agencement de l’architecture générale, ne peut être l’œuvre de Jean-Luc puisque, parallèlement, une lointaine ligne d’alto esquisse une nouvelle focale et confère aux textures, mouvantes et translucides, leur véritable épaisseur. Et ainsi de suite, au hasard des formes rencontrées… 
Pourtant, à mesure que s’écoulent les quarante minutes de l’unique pièce constituant cet album, on s’aperçoit que la paternité de tel ou tel son nous est devenue indifférente et que l’on attribuerait plutôt le copyright de l’œuvre ainsi établie à un seul artiste bicéphale, doué d’une double pensée musicale et de certaines aptitudes à la désynchronisation. Car l’important est ailleurs ! Et ces fameux sons, dont j’assume la répétition du terme sans jamais les nommer, sont eux-mêmes sujets à caution. En effet, ce n’est pas tel slap de saxophone, telle ligne de basse, tel coup heurtant tel instrument ni tel effet donné à tel souffle ou maniement d’archet qui définissent cette musique, mais la distance les séparant et le manque indéniable succédant à leur disparition. Dans le langage élaboré par Jean-Luc et Benjamin, c’est le silence entre les termes qui fait sens et, de ce point de vue, leur conversation est plus signifiante que bien des discussions au lexique arrogant, mais à la sémantique… in-signifiante. 
Ils créent du silence, donc. Mais, comme les trous dans le gruyère ne sont rien sans la matière qui les englobe (si l’on veut bien excuser cette comparaison pour le moins triviale), ce silence ne peut exister que si le son le détermine. Alors, ils tissent des formes audibles pour mieux délimiter les contours de leur enjeu véritable. Et c’est à ces formes que, bêtement, nous nous attachons, cherchant même à deviner qui joue quoi, lorsque nous ne devrions écouter que l’effrayante profondeur de ces espaces vacants. Finalement le son n’est qu’une absence de silence ! Et c’est ce que nous murmurent Benjamin Duboc et Jean-Luc Guionnet dans ce "W" aussi radical dans sa détermination que précis dans l’élaboration de son projet. Un projet minimaliste, sans doute, mais bruissant des mille scories par lesquelles son principal objet prend corps dans le mouvement perpétuel de l’attente et de sa résolution.