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X_Brane : "Penche un peu vers l'angle" | FATUM 019 | 15.00 €
bertrand gauguet : saxophones alto et soprano
jean-sébastien mariage : guitare électrique
mathias pontevia : batterie horizontale




Parution octobre 2010

Enregistré à Bordeaux en octobre 2008 au Molière Scène d'Aquitaine, dans le cadre d'une résidence de l'Office Artistique de la Région Aquitaine. Enregistrement et mixage : X_Brane. Mastering : Pierre Etchendy. Illustrations Inna Maaimura. Graphisme : Annabelle Duclaud

Si X_BRANE est une référence directe à la "théorie des cordes" en physique, c'est aussi le fruit d'une rencontre (qui eut lieu à Bordeaux en 2004) entre Mathias Pontevia, Bertrand Gauguet et Jean-Sébastien Mariage. Travaillant depuis sur les possibles sonores de la batterie horizontale, de la guitare électrique et des saxophones, X_BRANE dérive au sein même de ses espaces sonores, extirpe une quantité de matériaux pour le moins singuliers où s'entremêlent de lointaines réminiscences venues des musiques ethniques, rock, contemporaines, et laisse à entendre une musique des contraires, parfois brutale, parfois méditative.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli


On ne sait véritablement ce qui « Penche un peu vers l’angle » de l’association de Bertrand Gauguet (saxophones alto et soprano), Jean-Sébastien Mariage (guitare électrique) et Mathias Pontevia (« batterie horizontale »), ou des trois pièces qu’elle improvise. Ainsi, on pourrait d’abord imaginer ou l’une ou les autres coincée(s) en bout de course dans l’angle suspromis, et diminuée(s) d’autant.

Or, il était nécessaire de prendre en compte la nature de cet angle là : rentrant. Ainsi, il libère voire refoule tout élément qui l’approche : souffles sectionnés et râles au moyen desquels Gauguet compose des chants appréciables, flirts avec harmoniques ou menues mécaniques pensés par Mariage, appels sur tom basse ou cymbale sifflante de Pontevia. A l’horizon, des lignes approchantes et puis voisines dont la transformation suffit au tableau. Soumis aux perturbations qu’il a lui-même invoquées, le trio décide d’une traversée du miroir le temps d’une belle et grave conclusion. Ainsi, il a suffi à Gauguet, Mariage et Pontevia, de se pencher ensemble pour ramasser Tazuki, Tsuri et Hishi, arrangés ensuite avec pertinence.

Rigobert Dittmann @ Bad Alchemy

Der Name Jean-Sébastien Mariage lässt mich aufhorchen - Chamaeleo Vulgaris, Wiwili, Hubbub, dazu einige diskrete Projekte auf Creative Sources. Ein beachtlicher Gitarrist. An seiner Seite Bertrand Gauguet an Alto- & Sopranosaxophon, ebenfalls bekannt durch seinen CS-Release Etwa (2005) und das Trio Close Up mit Hautzinger & Lehn. Dazu spielt Mathias Pontevia batterie horizontale. Horizontal - bewusst flach - ist auch der ganze Ansatz - kaum ein Ton geht auch nur einer Küchenschabe bis ans Knie. Japanische Titel für die drei Tafeln des Improtriptychons verweisen auf die fernöstliche Herkunft dieser ästhetischen Vorliebe für eine schwache Vertikale und gepresste Dynamik. Wenn auch nicht ganz so minimal wie Onkyo oder gar ‚Gedachte Musik‘, legen die geräuschhaften Luftmaschen und zarten Drones, die spitzfingrigen Schab- und Zupflaute und schmallippigen Luftblasen ein meditatives Lauschen nahe. Unter neu justiertem Blickwinkel (angle) wirken manche Tupfer und Luftstöße dann fast schon wieder explosiv, die kleinen Differenzen auf ihre eigene intensive Weise opulent.

Guy Sitruc @ jazzaparis.canalblog.com

Un titre de CD énigmatique.
Une pochette au design sobre.
Des idéogrammes probablement japonais et des titres de morceaux qui semblent relever de cet orient extrême : Tazuki, Tsuri, Hishi.
De ce lointain, l'étrangeté en atteste l'influence, ainsi que certains gongs (rares), la subtilité des sons, une musique comme suspendue au-dessus du sol, la qualité quasi minérale des paysages mentaux ...

Trois musiciens (seulement) suffisent à créer cette musique dense et riche. On pense parfois reconnaître l'origine des sons, mais une plus grande innocence d'écoute se révèle plus propice aux résonances émotionnelles.

Ce n'est pas du jazz.
On pourrait se croire dans l'univers des musiques acousmatiques, sauf que rien n'est écrit, que la multiplicité et l'agencement des granulations, des tissages sonores sont le fait des interactions de l'instant entre Bertrand Gauguet (as & ss), Jean-Sébastien Mariage (eg) et Mathias Pontévia (batterie horizontale), trois jazzmen.
Revenons sur l'instant. Il ne suffit pas à rendre compte de la trajectoire musicale. Ces trois pièces, en effet, sont longues (18:15, 33:51, 17:44) et cette durée n'est pas soumise aux cahots du moment. C'est comme une projection commune aux trois musiciens qui donne sa cohérence à chacune des trois pièces.

C'est toute l'incroyable aventure des musiques improvisées que de faire musique sans les recettes habituelles, loin des pulsations régulières, des timbres immédiatement repérables, des notes plus ou moins pures, des segments mélodiques, des "grilles".
Créer des émotions neuves, comme si nous assistions à l'émergence d'un monde, cela avec une lutherie le plus souvent classique.
Une musique subtile, toute tendue vers l'aiguisement continu de notre sensibilité.

Noël Tachet © Improjazz


Recherche sonore, rigueur et invention. Un jeu de placements qui s'invente au fur et à mesure. Les questions partent en fumée devant l'évidence. Cette musique laisse toute la place à son auditeur pour se poser doucement et calmement. Son naturel ne perd rien à une certaine mesure cérémonielle. Ce qu'on pourrait appeler la ligne de chaque instrument possède sa logique inséparable des interactions, l'un s'invente avec l'autre.
Lorsqu'on rencontre ce type d'enregistrement on a toujours le sentiment de redécouvrir l'improvisation. Une consistance sans dureté, pas de réactions, que des actions, des désirs croisant. Un son commencé par l'un est amené à son terme par l'autre. Comme une balance intime pesant le poids de chaque son et lui donnant son répondant, une justesse illimitée. Pas de drame, pas d'immobilité, quelque chose qui tire du temps sa substance. Il y a ici non seulement la fusion des instruments, à quoi ces musiciens nous ont accoutumés, mais la fusion même des touchers, plus caractéristique des recherches d'orchestration de la musique écrite.
Un compositeur trouverait certainement à redire à quelques tournures (la remarque ne me vient que parce que nous sommes tout près d'une réussite totale), mais cette musique est si parfaitement jouée que je préfère sa haute perfection heureuse à un texte presque nécessairement écorné par le jeu, attendant un hypothétique génie pour trouver une forme qui nous est donnée ici, native et éblouissante.

Richard Pinnell © thewatchfulear.com

The CD in question is a new release by X_BRANE, the French trio of Bertrand Gauguet, (alto and soprano sax) Jean-Sébastien Mariage, (electric guitar) and Mathias Pontevia (batterie horizontale apparently, though I think basically percussion).

I’ve no idea where the group named X_BRANE comes from, but this release, on the  fine Amor Fati label is titled Penche un peu vers l’angle (Lean at little at an angle??) and contains a lot of music, with the three tracks here totalling up more than seventy minutes of improvisation. The recordings were made in a studio of some kind rather than in front of an audience, so the quality of the sound is great. What is difficult for me is trying to describe this music in any simple or lazy way. It is at once thoroughly familiar and yet also impossible to define with a few catchwords, which has to be a good thing.

Ultimately the music here is instrumental improvisation, three pieces of music performed spontaneously with relatively traditional tools. However, trying to pin this one down to any one corner of the improvised music spectrum is completely impossible. It is far from overly busy stuff, maintaining a slow pace throughout, but then it also falls into complete silence only very rarely, and when it wants to it can push the tension levels hard. Of the three musicians, the only one that doesn’t really play his instrument at any point in a completely traditional manner is Mariage, whose playing impressed me a lot when I saw Hubbub in London recently. His guitar playing is highly restrained, centred mostly around extended sounds, many of them tonal, often the result of eBow work or bowed strings. What he contributes seems very simple, but is in fact very carefully and delicately chosen and placed around the more traditionally familiar sounds of Gauguet’s breathy sax and the vibrating metals and booming strikes of Pontevia’s percussion.

Benoît CANCOIN in Revue & Corrigée


Ce disque me fait remonter la question que l'on entend souvent du “être ensemble". Elle est venue par le biais d'une phrase que j'avais tout d'abord écrit en introduction de I'article "Trois artisans sur leurs établis..." avec une auto-censure qui est venue aussi vite, on va croire que je trouve qu'ils ne jouent pas ensemble.
Et tout de suite l'étonnement de cette auto-censure.
C'est pourtant vrai que j'entends trois artisans qui peaufinent des sons. Et pourtant loin de moi l'idée qu'ils ne peaufinent pas ensemble.
Avant toute chose, dire que les sons que l'on entend ici sont très intéressants. Un  traitement des sons et un positionnement dans l'espace qui garde aussi chacun bien distinct. Chacun mène bien son histoire. Des moments assez longs, construits, d'autres très brefs. Une petite chose posée là. Comme ça. Et des fois un qui construit et l'autre qui pose. Une proposition qui passe dont personne ne se saisit et une autre qui fait tout basculer.
Donc vous voyez bien qu'ils sont ensemble. J'aime bien ces ambiances ou "l'ensemble" reste une addition. Ici une addition de trois propositions qui, loin d'être autistes, savent rester suffisamment autonomes pour se laisser ou non infléchir. Exister pour ce qu'elles sont.
Mais permettez-moi de revenir à cette question de l'ensemble. Elle ne fait référence à aucun vécu particulier mais aux réflexions que l'on entend souvent des néophytes ou des gens complètement extérieurs à ces pratiques sonores ou dansées ou autres.
Elles m’ont toujours étonné. Je comprends que I'on n'aime pas ou que I'on préfère faire autre chose. Mais pourquoi cette ritournelle du "mais chacun fait n’importe quoi dans son coin"? Qu'est-ce qui fait que c'est souvent les premier mots des gens quand ils croisent ces pratiques?
A-t-on besoin d'être rassurés au point de ne pas supporter I'indépendance?Faut-il trop de temps, d'abandon, pour se lancer dans une écoute ou un regard suffisant et entrer dans la proposition ? La longue dictature de I'harmonie des notes empêche l'émergence intérieure de I'harmonie des sons ?

Dan Warburton, The Wire, May 2011

This fine realise from Bordeaux’s bijou imprint Amor Fati shows how far these three French improvisors have moved away from their heady flirtation with reductionism at the turn of the century. Both forward – guitarist Jean-Sébastien Mariage’s work here is spikier and riskier than the delicate textures he provides in the quintet Hubbub – and backward : Mathias Pontevia’s « horizontal drums » recall Lê Quan Ninh, and saxophonist Bertrand Gauguet has extended hisrepertoire of rasps, gasps, flutters and sputters to reveal an ear for pitch his 2005 solo debut Etwa never hinted at. The centrepiece, the 34 minute « Tsuri », combines his raw multiphonics, the twang and crunch of Mariage’s guitar and Pontevia’s dramatic friction with a feel for the long form AMM would be proud of. The heartbeat might be slow but the animal is dangerous. 

Joël Pagier © Improjazz 

 Le souffle de Bertrand Gauguet, le feu couvant sous les cordes électriques de Jean-Sébastien Mariage, la terre où s'ancrent les percussions de Mathias Pontevia, soit trois éléments fondamentaux d'un son émergeant comme une source vive, un quatrième composant liquide. Dans ce nouvel idiome que l'on nomme improvisation non idiomatique, X_ Brane se situe au-delà de la seule interaction, dans l'évidence d'un rapport immédiat dépourvu de pensée antérieure pour mieux surgir à l'état de nature. Il y a déjà l'organisation parfaitement inédite des sonorités en jeu, l'électricité comme un souffle continu qui s'arc-boute indéfiniment contre le silence, le cuivre enveloppant la rondeur d'un chant étouffé qui s'épanouit soudain au contact d'une peau frottée, d'un cercle d'acier. Il y a la flambée subite du métal heurtant le métal et s'y fondant aussitôt en une forme imprévisible aux perpétuelles déclinaisons. Il y a le chuintement au-dessus du grincement et l'étrange harmonique naissant de leur proximité, la force attentive des cymbales aux aguets, l'interstice infime où se glisse la matière, comme comprimée en son milieu avant d'éclore de l'autre côté, vers un inconnu d'autant plus excitant qu'il fraye avec le vide. Mais très vite il se manifestera sous la forme précise d'une corde étouffée puis abandonnée à sa seule vibration. Il y a le paysage qui se dessine peu à peu, amas de structures métalliques où siffle un vent brûlant, ferrailles déchiquetées pointant vers le ciel, troupes au loin qui se déciment et se reconstruisent à l'appel des tambours puis se mettent en marche vers un futur trop proche, empreint de violence. Et le silence qui suit n'est qu'une exhalaison muette que le frottement lancinant d'un ongle sur une tige filetée parvient à peine à troubler. L'immédiat d'X_ Brane n'est pas de tout repos et la belle unité de leur démarche ne met finalement en œuvre que les prémices d'une tragédie dont nous subirons bientôt les retombées apocalyptiques. La faute aux éléments invoqués, bien sûr ! A l'air qui attise le feu et fissure la terre… Pourtant l'espoir résiste, indéracinable, dans cette fluidité de l'âme qui fait marcher ensemble les trois hommes. Et nous les écoutons, horrifiés mais fascinés, prêts à croire n'importe quoi pourvu qu'ils ne s'arrêtent pas de fourbir ces armes sonores dont nous savons déjà qu'elles nous ont réduites à leur merci, mais dont nous craignons tant qu'elles ne se taisent. Alors, tandis que s'éteignent les derniers échanges de métal chiffonné, d'harmoniques disjointes dans l'atmosphère glacée, nous attendons déjà le moment où, pour la deuxième fois consécutive, nous pourrons pencher un peu vers l'angle plutôt que de suivre la ligne droite et sans danger de notre vie toute tracée. Subversif, X_ Brane ? A tout le moins capable du plus intime divertissement !