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Hors ciel [live] "En sa propre nuit"| FATUM 020 | 15€

beñat achiary - chant
didier lasserre - batterie



Parution : septembre 2011

Peintures : Didier Lasserre

Exemplaires uniques - série limitée à 500 exemplaires numérotés et signés. 

Enregistré en public le 30 avril 2011 au studio 106 de la Maison de la Radio, Paris, pour l'émission d'Anne Montaron  "à l'improviste" (France Musique)

Joël Pagier © Improjazz

S'il est de ces albums autour desquels on tourne pendant trois jours avant de trouver une brèche vous conduisant au nerf de la musique, d'autres vous sautent immédiatement aux oreilles et au cœur avec l'évidence d'un point d'exclamation ! Ainsi de ce "En sa propre nuit" gravé par le duo Hors-Ciel du chanteur Beñat Achiary et du percussionniste Didier Lasserre, dont le premier opus date déjà de 2004 et qui documente un concert donné le 30 avril 2011 au Studio 106 de la Maison de la Radio, dans le cadre de l'émission A l'improviste d'Anne Montaron. Un bref extrait était alors passé sur les ondes de France Musique, lors du flash d'une demi-heure royalement octroyé par la chaîne à la seule animatrice encore susceptible de traiter de l'improvisation, mais c'était bien sûr insuffisant pour se rendre compte de la puissance de cet enregistrement.
En quoi ce live est-il d'ailleurs si évident et si puissant ? La première réponse qui vienne à l'esprit repose sur leur aptitude à se lancer à corps perdu dans ce langage qui est le leur depuis dix ans peut-être, sans la moindre retenue ni le moindre souci parallèle, avec quelques textes mais sans prétexte, brutalement, en quelque sorte, comme on le dirait d'une forme d'expression brute. La seconde apparaît comme la conséquence (ou la cause ?) de la première et insiste plus encore sur l'urgence de cette prise de parole dont on pressent qu'elle n'est plus si courante qu'on puisse la gâcher avec une quelconque désinvolture ou l'encombrement intellectuel d'une théorie abstraite. Ainsi, dès les premières secondes, les mailloches entreprennent la caisse claire que suivent cymbales et grosse-caisse et à laquelle répond la voix haut perchée du chanteur. Le vibrato, très vite, insuffle l'épaisseur de l'émotion dans ce mince filet sonore qui grossit rapidement, comme un ruisseau devient torrent sans avoir eu le temps de se charger d'alluvions parasites. La batterie s'enflamme, secrète elle-même les éléments de sa combustion et emprunte au free jazz l'énergie de sa pulsation. Beñat Achiary, emporté par le flux de l'idiome frappé sur les toms, puise dans les ressources cachées de sa nature les accents de sa négritude profonde et, durant un temps, les deux hommes sont noirs, américains de souche et baignés par le blues. Alors, seulement, peut commencer l'intarissable danse des variations, la douceur succédant à la tempête, la tranquillité silencieuse du métal et de la respiration, le jeu des échanges, les blocs percussifs répondant aux cris ou aux scansions, la poésie, toujours, et la violence, de nouveau. Il semble, d'ailleurs que, dans les moments les plus intimes, quand le chanteur explore les plus faibles amplitudes et joue de la délicatesse pour suggérer les plus infimes métamorphoses, le percussionniste se fasse plus discret et suive, dès lors, le mouvement implicite de son partenaire. A l'opposé, dans les passages les plus énergiques pouvant frôler, parfois, l'extrême limite de la violence, Didier Lasserre prend les devant et pousse son compagnon au plus près des abîmes expressionnistes où la voix se déchire en lambeaux rougeoyants, incendiant à la fois la forme et le sens des incantations proférées à la frontière du danger.
Puissance, urgence, pulsation, danger… Telle est donc l'évidence de ce live impatient qui tient parfois de la performance tant les deux hommes se mettent à nu pour affronter les risques qu'ils ont eux-mêmes engendrés. Hors-Ciel touche à l'Enfer et danse sur le fil ténu de son authenticité comme nous les écoutons, fascinés, pris à la gorge dès les toutes premières escarmouches au bord du précipice.

Dolphy00 © jazzaparis.canalblog.com

Quatre pièces, enregistrées lors d'une émission "A l'improviste" avec Beñat Achiary (chant) et Didier Lasserre (batterie).
Il s'agit là de deux musiciens qui ont déjà joués ensemble. Ils se connaissent bien. Mais je ne suis pas sûr qu'il en soit de même pour le public, tant cette musique est étrange, et même malcommode en ce qu'elle dérange les habitudes d'écoute lors d'une première audition.
C'est particulièrement vrai pour Beñat Achiary.
D'abord, il faut préciser qu'il s'agit bien de chant, et non d'exploration de la voix comme matière, bien qu'on y retrouve par moments des sifflements, des chuchottements. Dans cet espace a priori balisé, on est saisi par le parcours, les sinuosités, les changements de timbres, de registres, de puissance, d'accents, que sais-je encore.
On imagine l'épuisement qui doit saisir Beñat Achiary à chaque pièce chantée, les dégâts dans sa gorge ... mais il n'en est rien, du moins lorsqu'on écoute la suite du disque, enregistré en une seule prise, dans les conditions du direct.
Didier Lasserre est tout aussi impressionnant. Il se place là en symbiose totale avec le chant, dans une anticipation étonnante. Cet esthète de la rareté sait être là très présent, accentuant par exemple le caractère dramatique d'une séquence par quelques touches sombres, ou survolant les cymbales d'une frappe légère. En un mot, sa musique est poème.
On aussi saisi par leur inventivité. Et leur virtuosité n'est pas gratuite. Elle est au service de la sensibilité de l'auditeur. Elle est là pour nous offrir des collages étranges, certains fragments des univers des musiciens venant percuter nos vagues images d'un passé incertain, nos histoires réelles ou phantasmées,  chacun se laissant impressionner (comme une pellicule photo) au gré d'une flexion de voix, de la résonnance d'un tom. Ainsi, la beauté de cet enregistrement se révèle progressivement (encore au sens photographique), après avoir doublé le cap d'une première écoute toute déboussolée.
Une séduction très secrète, à mèche longue. La pochette du disque est à l'avenant : très sobre (carton quasi brut) et peinture (exemplaires uniques) de Didier Lasserre. Un bel objet.

Rigobert Dittmann © Bad Alchemy

Beñat Achiary ist ein Starsailor, ein Trüffelschwein, ein Hybrid aus Demetrios Stratos und Phil Minton. Lange habe ich den baskischen Sänger, der in den 80ern öfters auf dem Label nato umeinander gegeistert war, und seither sporadisch mit Etage 34, an der Seite von Michel Doneda oder Ramon Lopez und auf dem von Didier Lasserre in Bordeaux mitgelenkten Label Amor Fati auftauchte, nicht mehr so delirant gehört, so urtümlich jubelnd, stammelnd und zungenrednerisch inspiriert wie auf [live] "en sa propre nuit" (Amor Fati, FATUM 020), der Liveversion seines HORS CIEL-Duos mit Lasserre. Wenn 'Weltmusik', dann ist das eine wild gedachte, wild denkende Version davon, wobei die chinesischen Motive ganz und gar in universale Poesie verwandelt sind. Wo Achiary steht, verrät ein Frühwerk, Donedas Terra (1985). Knietief in magisch-realistischem Terroir, mit einer imaginären Folklore, für die Antonin Artaud - der den Stoff für Lasserres Duo Kormak liefert - ebenso Pate steht wie Li Po und der surrealistische Dichter Gherasim Luca - von dem Achiary drei Gedichte auf seinem Solo The Seven Circles - Dedicated to Peter Kowald (FMP, 2004) anstimmte. Das hier ist kein Improduett, sondern eine Achiary-Performance, die im vierten Teil in das kopfstimmenhohe Esperanto einer Jubilatio ausschwingt, so rührend wie die A capella-Zugaben von Christian Vander. Lasserre trommelt nicht, er schafft viel mehr, nämlich den natürlichen Lebensraum für den baskischen Faun, dem er sich ganz anverwandelt. In dunklen Paukentupfern und pochenden, rollenden Schlägen lässt er ihn tanzen und springen, das glücklichste Wesen unter der Sonne. Zischend spritzt er ihm Kühlung zu, oder kitzelt ihn mit Sonnenstrahlen. Achiary macht sich so klein, dass er sich in die eigene Mundhöhle kuscheln kann, dass ihn ein bloßer Windhauch trägt und wiegt wie ein Federchen. Er wird selbst zum Wind, der flötend und posaunend die Backen aufbläst, und ist zugleich der Klang, der die Welt unter sich lässt. Lasserre poltert als Terra und gleist als Himmel. Die lahme Reaktion des Publikums darauf grenzt an Unverschämtheit.  [ba 71 rbd]