Amor fati

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dont acte | FATUM 001 | épuisé | sold out
didier lasserre - batterie
sylvain guérineau - saxophone alto
paul rogers - contrebasse



Parution octobre 2003
Peintures et conception graphique : Jean Rougier
Exemplaires uniques - série limitée à 500 exemplaires

Philippe Renaud (Improjazz n°102)
La création d'un nouveau label est toujours une expérience attendue, intéressante et intrigante. En premier lieu par le nom, et Amor Fati ne déroge pas à la règle. Ensuite, par les musiciens impliqués. Pour Dont Acte, nous sommes en territoire connu.
Ma première réaction à la vue du nom de Sylvain Guérineau a été de me remémorer un LP aussi mythique qu'obscur, récupéré chez l'ami Marc Sarrazy et qui réunissait à l'époque l'altiste, le contrebassiste Francis Marmande, le pianiste Yves Faisandier et le batteur Claude André Tabart. Ce CAT Quartet possédait la même approche artisanale que le présent trio. Pour assister le souffleur, le batteur Didier Lasserre et le contrebassiste Paul Rogers. Des noms qui deviennent familiers aux lecteurs d'Improjazz et qui sont souvent signes de qualité.
La musique enfin. Quatre pièces, deux courtes, deux longues, qui développent sur prés d'une heure une complicité remarquable et prouvent une écoute attentive de chacun envers l'autre. Prenez 2 par exemple : les trois musiciens sont quasiment à l'unisson dans la présentation du "thème", avant l'envol du sax et la combustion d'un feu de braises par une rythmique en fusion et en osmose. Un saxophone qui sait aussi redescendre pour s'imbriquer entre la frappe et la vibration des cordes, qui dirige et organise le voyage, sait s'effacer pour revenir de manière mélodique et fluide, puis reprend son chemin rugueux et âpre, résolument agressif et accrocheur, toujours soutenu de manière infaillible.
L'improvisation se raccroche parfois à des points de repère imprévisible, comme cette version du Temps des Cerises (mais la voie n'avait-elle pas été ouverte par les pionniers et sûrement références de l'Intercommunal Free Dance Music Orchestra de François Tusques ?) et un hommage appuyé au grand maître Albert Ayler. J'entends aussi dans cette musique le souffle fou d'un autre altiste qui nous manque beaucoup, le britannique Mike Osborne et son fameux trio complété par deux autres grands, Harry Miller et Louis Moholo. L'énergie n'a de cesse, les relances sont permanentes ; 3 arrive en forme de pause, de relâche pour annoncer et présenter 4, la seconde oeuvre de longueur raisonnable pour permettre un développement progressif et une exposition en finesse sur plus de 24 minutes.
Un mot aussi sur le soin particulier apporté à l'emballage. La pochette, due au talent de Jean Rougier, est peinte à la main, ce qui implique que chacun des 500 exemplaires numérotés de ce disque est différent, donc unique.
Nous attendons impatiemment la suite de la production d'Amor Fati, label attentionné et déjà passionnant.

Antoine Martin - Improjazz : concert à la Maison des associations de Tarbes, concert organisé par Favorite Things Jazz Association, le 25 janvier 2002
A propos du trio Didier Lasserre/ Sylvain Guérineau/ Paul Rogers :
« Incipit de ceux que Hölderlin nommait pur jailli à l’alto, tension extrême instantanément relayée par le contrebassiste et le batteur, et l’alchimie du concert devenait évidente. Guérineau était, visuellement aussi, la terre (sol et sous-sol…), l’élément tellurique, Rogers le feu et Lasserre l’air, l’oxygène avivant la combustion du trio. Avec les années, la phrase du saxophoniste est devenue plus âpre, dépouillée, harsh. Avec un acharnement qui est l’exacte conséquence musicale de son appel aux puissance du désir, sylvain Guérineau fragmente la pâte sonore, tranche, décapite, morcelle, démultiplie, ralentit, se recueille, exténue la note. Fade-out. »

Antoine Martin -
Improjazz 100 : Compte-rendu du concert donné à Montagne St Émilion en Octobre 2003
"[...] concert-dégustation pour fêter la sortie du premier enregistrement sous son nom (enfin !) du trio de Sylvain Guérineau, dans les chais du Château Croix Beauséjour, à Montagne Saint-Emilion le 4 octobre. Belle empoignade, "chacun à son affaire mais sans obstruction, partageant l'espace et le temps dans la même maison, sans recherche d'un consensus, anarchie en action et synergie rigoureuse" (critères d'excellence définis par Lê Quan Ninh). Dont acte, le disque du trio avec Paul Rogers et Didier Lasserre (label Amor Fati, Improjazz ne devrait pas tarder à le distribuer. Tirage limité : 500 exemplaires numérotés. Question : y en aura-t-il pour tout le monde ?) donne à entendre au dessert un poignant medley Le temps des cerises-Ghosts dont Sylvain Guérineau a le secret.(1)
1. Sylvain Guérineau aime à raconter qu'un saxophoniste très connu lui a confié : "Quand je ne sais plus quoi jouer, je fais du souffle continu". A tout prendre, je préfère le final Guérineau. On ne se refait pas.

Didier Lasserre
''C'est lors d'un concert du quartet de Sunny Murray que j'ai entendu pour la première fois Sylvain Guérineau, au mois d'août 1998. Un souvenir que je garde au cœur. Un an après, au milieu de la nuit, je me retrouve à ses côtés pour vingt minutes d'improvisation que Sylvain amènera jusqu'au temps des cerises et au fantôme d'Albert Ayler. Depuis, j'espérais que nous n'en resterions pas là, et j'avais raison d'espérer. Paul Rogers accepte de nous rejoindre. Un bonheur n'arrive jamais seul. Coeur, espoir, et bonheur. Quels autres mots pour cette rencontre ? Je m'étonne seulement que ce soit là le premier disque à part entière de Sylvain Guérineau, après toutes ces années (le Paris de l' après 68, de la rue aux usines), un certain ''passage d'Eric Dolphy'' (quelques-uns s'en souviennent) dans une certaine Chapelle de la rue des Lombards. Et puis Desmond, Ornette vécu en direct (La Mutualité, novembre 1965 : la polémique existait), idem Coltrane, Ayler et les autres, la peinture, cet espoir de vie dont nous parlons parfois (Toumaï), ce son d'alto qui le donne à entendre. Du coeur, ou je ne m'y connais pas. Fin 70, Londres et sa scène qui s'y improvise : Paul Rogers y fera son entrée, que l'on imagine remarquée, en compagnie d'autres individualités fortes : John Stevens, Mike Osborne, Evan Parker, Keith Tippett, Paul Dunmall et Mujician, l'aventure du solo, tout cela et tant d'autres choses qui auraient fait dire à une amie, en entendant Paul, que tout reste possible. De l'espoir, sûrement. Pour ma part, la musique aura été ma tentative pour vivre autre chose, pendant ces quelques dix dernières années, principalement à Bordeaux, d'où je viens. Pas de scène historique ici (y en a-t-il encore ?), mais j'y aurai fait, jusqu'à présent, ma petite histoire. Et puis ce disque qui restera pour moi cette autre chose rendue ici possible.''